Animer les patrimoines privés ou publics, Table ronde du 29 novembre 2016 aux 1ères Rencontres du Patrimoine en Seine-Maritime

Le mardi 29 novembre 2016, j’assistai avec quelques autres membres de notre association Patrimoines de Rouen et de Normandie aux premières rencontres du Patrimoine en Seine-Maritime, un rassemblement voulu par le Département qui s’est tenu à son siège rouennais. Trente-cinq associations seinomarines ayant un objet patrimonial étaient présentes, un bien faible pourcentage quand on connait le dynamisme associatif dans ce domaine (plus de 950 associations ont été recensées sur le territoire seinomarin). Une journée dédiée à la rencontre avec d’autres acteurs du secteur et d’assister aux tables rondes organisées tout au long de la journée. Pour ma part, j’ai pu assister à la seconde table ronde, de 14h à 15h. Cette retranscription est faite d’après mes notes prises sur le vif. J’ai revérifié certaines informations mais quelques inexactitudes peuvent subsister. Si vous en avez connaissance, n’hésitez pas à me les signaler dans les commentaires.

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Danielle CLAVEAU et Laurette ASPE (et Fauve) de l’association Patrimoines de Rouen et de la Normandie

L’art contemporain au service de la valorisation du patrimoine

Présentation par Julie FAITOT et Jonathan LOPPIN.

Le Centre d’Art Contemporain de Normandie, le SHED, se trouve à Notre-Dame de Bondeville, dans la vallée du Cailly. Il occupe un bâtiment de 1400 m2 qui abritait au XIXe siècle une usine de mèches de bougies qui a été racheté en septembre 2015 par un groupe d’artistes. C’est son toit en shed[1] qui a donné le nom au lieu. Les pans nord de la toiture sont transparents et ceux du sud sont pleins. Cette disposition offre une lumière uniforme dans l’espace et une configuration favorable pour le travail des artistes plasticiens d’autant plus que l’architecture industrielle offre un espace sans interruption, avec des volumes rarement accessibles. Sur l’ensemble du bâtiment, 600 m2 sont dédiés à l’exposition et 300 m2 aux ateliers.

C’était un lieu de fabrique et sa nouvelle destination est dans la continuité de son histoire. En effet, les artistes y travaillent. Les œuvres sont pensées, réalisées et exposées sur place. C’est un lieu entièrement dédié aux artistes, qui les invite à prendre le temps de travailler sur place et à réagir sur ce lieu marqué par son passé. Le bâti reste toujours très présent et les artistes sont amenés à dialoguer avec lui. Par exemple, lors de la première exposition intitulée Résistance des Matériaux qui s’est tenue du 19 septembre au 15 novembre 2015, une bougie de trois mètre a été fabriquée et a brûlé durant toute la tenue de l’exposition. C’était une référence directe à la première destination du lieu.

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Véronique JOUMARD, Bougie, 2015

Les artistes sont invités à créer à partir d’un thème. Le rapport au patrimoine est essentiel et il y a une relation étroite entre la création artistique et celui-ci. L’un n’est pas au service de l’autre, ils sont interdépendants.

Deux personnes en service civique accompagnent le public et les artistes. L’accueil se fait sur rdv du mercredi au dimanche après-midi l’été et du vendredi au dimanche après-midi hors-saison, avec une fermeture hivernale car les locaux ne sont pas chauffés.

[1] Désigne une toiture en dents de scie formée d’une succession de toits à deux versants de pente différente, le plus court étant généralement vitré, couvrant en général un atelier industriel.

Société d’études culturelle de Blainville-Crevon

Présentation par Jérôme BENET, directeur artistique d’Archéojazz

La création du chantier REMPART remonte à 1967 et fait suite à la découverte fortuite des ruines du château de Blainville-Crevon.

Si les élévations n’ont pas résisté au passage du temps, les fouilles ont révélé, outre des ruines très importantes, des salles basses très bien conservées (couloir du XIVe siècle, salle du XVe siècle).

Des visites et des ateliers pédagogiques sont organisés pour la valorisation de ce que les travaux ont pu mettre au jour. Quelques fêtes médiévales attirent un public différent de celui qui vient à Archéojazz.

Le festival est né à la fin des années soixante-dix (en 1977 précisément) pour fêter les dix ans du début des travaux. Il a commencé petit et a grandi au fur et à mesure des années, jusqu’à inviter des artistes internationaux dans sa programmation. Il faut de la patience pour mettre en place de type d’évènement. Au départ, il attirait 700 personnes, sans publicité. Aujourd’hui, ce sont 35 bénévoles et 2300 spectateurs qui se pressent chaque année.

Pour fonctionner au départ, le festival nécessitait 60 000 francs. Aujourd’hui, c’est 500 000 €, dont 150 000 pour les artistes. Ces moyens sont couverts à 85% par la billetterie, le reste étant apporté par des subventions et des partenariats avec le privé. Malgré l’ampleur prise par l’évènement, cela reste une entreprise conviviale qui repose essentiellement sur le bénévolat. Et les festivités doivent rester compatibles avec les travaux sur le site.

Touches d’histoire

Présentation par Hélène PESQUET

Touches d’histoire est une association de médiation du patrimoine au service de tous. Elle a été fondée en juin 2015 par Hélène et Émilie, deux passionnées par le patrimoine.

Le but est d’amener les patrimoines (qu’il soit privé ou public, bâti, naturel, immatériel…) au public et de les rendre accessibles. Il y a une réflexion sur le chemin à prendre pour la valorisation de ces patrimoines.

Avant de lancer le projet, elles ont fait une étude territoriale sur les pratiques culturelle en Seine-Maritime et dans l’Eure. Il est apparu qu’il y avait une fracture culturelle importante entre les territoires. Elles ont donc la volonté de participer à l’effacement de ces fractures en redorant les lettres de noblesse du patrimoine. Il n’y a pas d’élitisme, il appartient à tous.

Les prestations sont variées. Elles vont des ateliers scolaires au primaire ou au collège avec des thèmes divers (architectures religieuse médiévale, héraldiques… qui s’appuient sur des maquettes, des visuels…), aux visites classiques (les escaliers du Havre) ou théâtralisées (à l’abbaye du Valasse), voire des visites sensorielles qui font appel aux sens (vue, toucher, goût…), des visites participatives en passant par des contes liés aux savoir locaux, à des interventions sur des fêtes médiévales…

Ces animations apportent une nouvelle vision du patrimoine et rendent vivant les monuments en allant vers tous les publics, y compris ceux qui ne peuvent pas aller vers le patrimoine (personnes hospitalisées…). Cela participe à un renouvellement des publics et à une ouverture du patrimoine, à une meilleure sensibilisation à celui-ci.

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