Visite du quartier du Gros Horloge, Rouen, Seine-Maritime (76)

Notre guide du jour, Alain HEDIN, nous a donné rendez-vous place de la cathédrale, face au magasin du Printemps pour cette visite du quartier du Gros Horloge. Nous sommes loin du temps printanier du week-end dernier mais peu importe, une vingtaine de personnes est tout de même au rendez-vous. Malgré le froid, je m’efforce de garder une trace écrite de cette promenade dominicale. Le texte qui suit n’est qu’un aperçu de l’ensemble des informations que nous avons pu avoir pendant les deux heures de visite. Si des erreurs subsistent malgré une relecture attentive, n’hésitez pas à m’en faire part pour que je corrige.

Le Gros Horloge

Le Gros Horloge.

La rue du Gros Horloge est sur le tracé de l’ancienne voie romaine, le Décumanus qui traversait la ville d’ouest en est et qui permettait l’accès au centre ville, au forum (à l’emplacement actuel de la cathédrale) et au port. Elle possède un riche passé tant commercial, que civil et religieux. C’est aussi la première rue piétonne de France. Elle est interdite à la circulation automobile depuis 1974, sous la municipalité de Jean LECANUET.

Pendant longtemps, la rue était coupée en deux. Au niveau de l’arcade du Gros Horloge actuel s’élevait la porte Massacre. D’un côté se trouvait le quartier des bouchers, de l’autre celui des joailliers. Aujourd’hui, elle a un aspect hétéroclite et son histoire est, au moins en grande partie, écrite tout au long du parcours.

Trois paroisses se partageaient la rue. Une première église s’élevait à l’emplacement actuel du Printemps, à l’angle de la rue du Gros Horloge : Saint Herbland. Elle avait elle-même remplacé une chapelle plus ancienne (comme la plupart des églises rouennaises).

En 1839, une ordonnance pour agrandir la rue à 10 mètres de large. Toute nouvelle construction ou reconstruction devait respecter cette ordonnance. C’est pourquoi toutes les façades ne sont pas parfaitement alignées.

Au-dessus du magasin San-Marina nous en avons un exemple flagrant : cette maison qu’il a fallu reconstruire, respecte l’ordonnance à partir de son premier étage. Cette façade d’apparence Renaissance est en réalité une reconstruction du début du XXe siècle. Mais elle a gardé ses dimensions d’origines : sur la rue, la façade ne fait que quatre mètres de large mais il y a quarante mètres de profondeur derrière.

Le retrait de cette façade du début du XXe siècle est dû à l'ordonnance de 1839.

Le retrait de cette façade du début du XXe siècle est dû à l’ordonnance de 1839.

Pour des questions de sécurité (notamment pour lutter contre les incendies et leur propagation), on interdit l’encorbellement en 1520.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une ordonnance interdit l’usage du pan de bois et les façades sont recouvertes de plâtre. Le pan-de-bois ne reviendra à la mode que dans la seconde moitié du XXe siècle et à l’occasion de restauration, on laissera de nouveau apparaître les façades dans leur plus simple décor (cependant, après l’interdiction du pan-de-bois, du bois de moindre qualité était utilisé pour les façades qui n’étaient pas conçues pour être laissée nues).

Les arrondissement au-dessus des fenêtres sont caractéristiques du XVIIIe siècle.

Ouvertures typiques du XVIIIe siècle.

Ouvertures typiques du XVIIIe siècle.

Éléments dit de « croix de Saint-André » d’une maison du XVIIe siècle.

Éléments dit de « croix de Saint-André » d’une maison du XVIIe siècle.

Le linteau de l’actuelle boutique SFR signale l’emplacement d’un ancien fourreur.

Le linteau de l’actuelle boutique SFR signale l’emplacement d’un ancien fourreur.

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Rue du Bec, plaque commémorative de l’explorateur René-Robert CAVELIER DE LA SALLE, né à Rouen.

Un détour nous emmène vers le palais de justice et Alain évoquera le quartier juif ainsi que le monument juif, plus connu sous l’appellation « maison sublime », qui a été découvert sous celui-ci. À ce moment-là, le froid et la pluie (qui ne durera heureusement pas), m’ont malheureusement encouragé à laisser le stylo et l’appareil photo rangés. Cependant, quand vous faites le tour de l’édifice, du côté de la rue de la Poterne, vous pouvez remarquer deux gargouilles qui se distinguent des autres : elles sont à figures humaines. Elles représentent le prisonnier libéré par son geôlier, suite à la demande de Saint-Romain, évêque et patron de la ville, que le prisonnier aida dans sa tâche pour délivrer la ville de la gargouille en échange de sa propre liberté (et c’est pour conserver le souvenir de ces évènements que Saint-Ouen, héritier de l’évêque, obtint de Dagobert le privilège d’affranchir chaque année un condamné).

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« Détruit par les libérateurs ». Ce graffiti gravé par les occupants allemands rappelle que ce sont les bombardements alliés qui ont été les plus destructeurs dans la ville.

Retour dans la rue du Gros Horloge. Du 59 au 61, c’est une façade des années 1930. Des éléments d’une autre maison détruite rue des Charrettes ont été récupérés pour édifier cette façade néo-gothique. Elle devait être en harmonie avec la façade voisine du logis des abbesses mais cette dernière n’a jamais été remontée. Une plaque nous rappelle que le laboratoire du chimiste rouennais François-Antoine-Henri DESCROIZILLES se trouvait en ces murs. C’est à lui que l’on doit une invention qui permit le blanchissement des toiles au chlore.

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Façade néo-gothique

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Plaque commémorative pour l’atelier de F. A. H. DECROIZILLES.

L’actuel Monoprix est à l’emplacement du premier NOMA (NOuveau MAgasin) inauguré le 30 octobre 1932. Monoprix s’y est installé dans les années soixante-dix. Son extension et la construction d’un parking pour ses clients à conduit au démontage d’un hôtel particulier, l’hôtel d’Étancourt, dont on peut désormais admirer la façade remontée rue d’Amiens.

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Maison à pan de bois avec essentage (ce terme désigne la technique qui consiste à recouvrir le bois de plaques d’ardoises)

C’est aussi à ce niveau que l’on croise la seconde paroisse qui existait dans la rue : à l’angle de la rue Thouret s’élevait l’église Notre-Dame de la Ronde. Elle devait son nom à la forme circulaire de sont clocher.

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Immeuble s’élevant à l’emplacement de Notre-Dame-de-la-Ronde.

En face, deux plaques rappellent Jacques-Guillaume THOURET, guillotiné le 22 avril 1794 mais qui est connu pour avoir fait adopter le décret de la division de la France en Départements.

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Au XIIe siècle, avec l’arrivée des Ducs de Normandie, Rouen est l’une des premières villes de Normandie a obtenir des libertés communales. C’est Henri II Plantagenêt, héritier de Guillaume le Conquérant, qui accorde à la ville la charte dites des « Établissements de Rouen » qui permet aux habitants de Rouen de ne plus être sous la tutelle d’un seigneur mais de posséder leur propre municipalité. C’est tout naturellement dans la rue consacrée au commerce et à l’origine de la richesse de la ville que les bourgeois décident d’installer les bâtiments administratifs. Les premières réunions du conseil municipal s’effectuaient sans doute au premier étage de la halle aux marchands qui se situait près de presbytère de l’église Saint Eloi, jusqu’en 1220. Le premier hôtel de ville est installé sur le fief de Leicester (acheté à Philippe Auguste), situé au niveau de la rue des Vergettiers actuelle. C’est près de cette bâtisse que le premier beffroi a été construit au XIIIe siècle. 

En 1382, c’est la révolte de la Harelle. Les rouennais se soulèvent contre l’oppression fiscale. Pour les sanctionner, le roi leur supprime le privilège de la municipalité et fait détruire le beffroi mais quelques années plus tard, les rouennais se repentissent et peuvent en faire construire une nouvelle tour pour actionner le mécanisme du cadran qui est installé sur l’ancienne porte Massacre. Cette dernière est finalement démolie et remplacée par l’arche actuelle entre 1527 et 1529. Le beffroi est érigé en plusieurs étapes. En l’observant, on reconnait le style gothique rayonnant puis le style gothique flamboyant. Le tout est couronné d’un dôme datant des années 1711 – 1713 et qui est venu remplacer la flèche originelle. L’ensemble s’élève à 46 mètres de hauteur.

De nombreux moutons, l’emblème de la ville, sont représentés sur l’arche et sur le cadran lui-même. Le centre de celui-ci n’est autre qu’un chapeau de berger. Une seule aiguille égrène les heures (les minutes n’intéressaient personne à l’époque). En revanche, une boule noire et argent indique les phases de la lune et un semainier indique les jours de la semaine qui sont représenter par les divinités qui les représentent. Aujourd’hui, dimanche, c’est Apollon, le dieu solaire. Mais si vous passez un lundi, ce sera Diane ; mardi, Mars ; mercredi : Mercure ; jeudi : Jupiter ; vendredi : Vénus ; samedi : Saturne.

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La boule représente les phases lunaire.

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Le cadran de l’horloge. Au centre, un chapeau de berger. Dans le cartouche, une divinité qui représente le jour de la semaine. Le jour de notre visite, dimanche, c’était Apollon, le dieu solaire.

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Une tête à l’envers : l’artisan n’a pas dû être payé à temps !

Le troisième hôtel de ville a été construit au XVIIe siècle par l’architecte GABRIEL. Sa construction s’est achevée en 1609. Son style est tout à fait représentatif de l’époque, avec son bossage. Il abritera l’administration jusqu’en 1790. Après quoi, les services de l’hôtel de ville déménageront rue Saint-Lô avant de s’installer définitivement dans les locaux du dortoir des moins de Saint-Ouen.

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Le bossage est caractéristique du XVIIe siècle.

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L’ancien hôtel de ville abrite aujourd’hui des commerces et des habitations.

La première fontaine du Gros Horloge, d’abord appelée Fontaine Massacre, a été bâtie en 1456 et était alimentée par la source Gaalor. Celle que nous pouvons voir actuellement date de 1733 et on la doit à l’architecte Jean-Pierre DEFRANCE. Elle représentent les amours du Dieu-fleuve Alphée et de la Nymphe Aréthuse, allégorie tirée des métamorphoses d’Ovide.

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La Fontaine du Gros Horloge

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C’est une maison du XVe siècle qui abrite le LCL. L’une des plus belles maisons médiévales de la ville, aux sablières moulurées.

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La façade de la maison du Crédit Lyonnais, avec ses croix de Saint-André et ses sablières moulurées.

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La rue Jeanne d’Arc a été percée en 1850, obligeant la démolition d’un certain nombre d’édifices dont la maison dite Diane de Poitiers. Elle avait été remontée sur la place proche de la tour Saint-André mais n’a pas survécu aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

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Le XIXe siècle marque l’apparition des balcons sur les façades des immeubles.

Le Mac Donald est abrité dans une des plus vieilles maisons de Rouen. Elle date du XIVe siècle L’encorbellement que l’on voit est un coffrage qui dissimule le véritable colombage à poteaux longs. La solide sablière quant à elle est soutenue par des pigearts (ces gros poteaux qui viennent renforcer la structure du bâtiment).

La maison où se trouve Auzou date du tout début du XVIe siècle.

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Pilier de la maison Auzou

La maison qui lui fait face, datée de 1630, possède des double croix de Saint-André.

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Doubles croix de Saint-André.

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Au bout de la rue actuelle, face au J&M café, où se trouve l’actuel Micromania, s’élevait la troisième église de la rue : Saint-Michel.

La visite se termine en plusieurs étapes : nous allons successivement à l’hôtel de Bourgtheroule, place de la Pucelle (où, selon la croyance populaire et avant la découverte de vestige, Jeanne d’Arc aurait brûlé), puis vers le temple Saint-Eloi, la tour Saint-André, Saint-Pierre du Châtel pour finir par la rue aux Ours (qui vient du mot Oües, ou oies, en raison du marché aux oies tout proche).

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La galerie d’Aumale, au cœur de l’hôtel de Bourgtheroulde.

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Phénix

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Décor de l’hôtel de Bourgtheroulde.

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Portail de l’hôtel d’Asselin. Le propriétaire de l’hôtel, pour marqué sa puisse, fait représenté Hercule recouvert de la peau du lion de Némée, qui avait revêtu pour vaincre Cerbère.

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Fontaine de Saint-Candé-le-Jeune, 1708.

Finalement, la visite s’est fini sans eau, et le soleil a même bien voulu faire une timide apparition mais le froid faisant son œuvre, je dois avouer avoir été un peu moins attentive sur la fin. Malgré cela, c’était une très belle visite au cours de laquelle j’ai révisé certaines connaissances, mais où j’ai appris également beaucoup d’autres choses dont ce résumé ne vous donne qu’un aperçu.

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Notre petit groupe, toujours très intéressé par les explications d’Alain, ici à l’hôtel de Bourgtheroulde. En cliquant sur la photo vous pouvez accédez à l’ensemble de la galerie.

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