La chapelle Saint-Julien, Le Petit-Quevilly, Seine-Maritime (76)


La ville du Petit-Quevilly, commune limitrophe de Rouen située sur la rive gauche de la Seine, abrite un trésor. Il s’agit de la chapelle Saint-Julien. Et c’est à plus d’un titre que nous pouvons la qualifier de trésor. D’une part, cet édifice du XIIe siècle est le seul dans l’agglomération rouennais a être parvenu jusqu’à nous dans son intégralité. Son intégralité, cela inclus les peintures murales datées du XIIe et du XIIIe siècle qui comptent parmi les plus belles de Normandie.

Vue d’ensemble de l’état actuel de la chapelle.

Son histoire commence aux alentours de 1160. Henri II de Plantagenet, duc de Normandie et roi d’Angleterre, décide de faire aménager un manoir dans son vaste domaine de chasse dans la forêt du Rouvray, à Quevilly. La chapelle seigneuriale fait partie de cet ensemble et elle est placée sous le vocable de Notre-Dame de la Vierge et est réservée à l’usage de Henri II et de son épouse Aliénor d’Aquitaine.

Le bâtiment est long de vingt-quatre mètres pour une largeur de neuf à sept mètres trente. Il se compose d’une nef unique terminée par un chœur construit en pierres calcaires provenant des carrières de Caumont. L’architecture de la chapelle est influencée par le style anglo-normand où se mêlent harmonieusement le style roman (arcatures en plein-cintres ornés de zigzag) et le style gothique (voûte d’ogives dans le chœur). L’ensemble des murs et des plafonds intérieurs sont peints d’un riche décor où se mêlent motifs géométriques et végétaux aux couleurs éclatantes ainsi que des scènes de la vie du Christ. Ces œuvres seraient vraisemblablement dues à des artistes venus d’Angleterre. La chapelle possédait un clocher mais il a disparu au cours du temps.

Arcatures

Arcatures en plein-cintre avec motifs en zigzag.

Henri II aura cependant peu le loisir de profiter de ce domaine. Accaparer par l’administration de son royaume anglais, il renonce à fréquenter sa propriété . Pour assurer le salut de son âme, il en fait don en 1183 à une communauté religieuse qui a pour vocation de recueillir les jeunes femmes lépreuses. C’est à ce moment-là que la chapelle prend le nom de Saint-Julien l’Hospitalier, martyr chrétien mort en 304 et canonisé pour avoir guéri un lépreux de sa maladie.

Le chevet de ma chapelle Saint-Julien.

Le chevet de ma chapelle Saint-Julien.

En 1366, la lèpre a fortement reculé dans la région. La léproserie est alors fermée et ses biens sont réunis à l’Hôtel Dieu de Rouen. Épisodiquement, des malades de la peste seront accueillis avant qu’en 1600, un accord soit passé avec les religieux de l’Hôtel Dieu : le domaine est donné aux moines bénédictins de l’abbaye Sainte-Catherine de Rouen dans le couvent venait d’être détruit. Soixante-sept ans plus tard, les bénédictins laissent leur place à une communauté de chartreux originaires de Gaillon. En 1682, de nouveaux moines provenant de la Chartreuse Notre-Dame de la Roses à Rouen arrivent à leur tour. Cependant, cet ancien bâtiment n’étant pas conforme aux normes de vie de cet ordre religieux, ils entreprirent la construction d’une nouvelle chartreuse plus à l’est. La chapelle Saint-Julien sera désaffectée à partir de 1698.

En 1791, la chapelle est vendue comme bien national. Cependant, elle échappe aux pioches des récupérateurs de matériaux et, appartenant à un certain BILLARD en 1793, elle sera transformée en écurie et en grenier à foin avec la pose d’un plancher sous la voûte du chœur. Elle change de propriétaire en 1822. L’ancien domaine des chartreux est racheté par Guillaume LECOINTE qui y installe une colonie horticole pénitentiaire pour jeune détenus qui sera ouverte en 1843. La chapelle est alors rendue au culte pour y donner la messe aux prisonniers. Ce nouveau changement de destination oblige à quelques travaux dont l’enlèvement du plancher posé dans le chœur et un rafraîchissement des murs à la chaux. Cependant, le pénitencier fermera ses portes sur ordre du ministère de l’intérieur en 1865 et le domaine sera à nouveau revendu deux ans plus tard. C’est à ce moment-là que le destin de la chapelle se désolidarise de l’ensemble du domaine des chartreux. Conscient de son intérêt patrimonial, LECOINTE en fait gracieusement don à la municipalité pour en faire la chapelle de l’hôpital qu’on s’apprête alors à ouvrir dans le bâtiment principal de l’ancien pénitencier acquis par la ville. D’abord réservée aux malades et aux cérémonies d’enterrement des indigents, elle sera ensuite ouverte plus largement aux habitants du quartier et retrouvera une fonction cultuelle jusqu’en 1960. En 1984, elle est transformée en espace pour l’organisation d’expositions artistiques et de concerts, ce qui permet un meilleur contrôle sur la conservation des peintures murales et sur l’ensemble du bâtiment, le tout étant classé depuis 1869 au titre des Monuments Historiques.

En 1870, l’état de délabrement de la chapelle est particulièrement avancé. Ses murs sont lézardés, troués, ses vitraux ont disparu ainsi qu’une partie de son décor sculpté. Certains de ses contreforts menacent ruine, l’absence de gouttières entrainent de gros problèmes d’infiltrations d’eau. Le ministère de l’instruction publique et des beaux-arts envoie Louis SAUVAGEOT étudier sa restauration en 1893. Membre de la commission des Monuments Historiques et élève de VIOLLET-LE-DUC, il s’est déjà fait connaître par la restauration de nombreux bâtiments religieux dans le département de la Seine-Inférieure.

Financés par l’État, le département, la commune et l’industriel Xavier KNIEDER, les travaux débutent en 1895 sous la conduite de SAUVAGEOT. Inspiré par son maître, celui-ci tente de redonner au bâtiment son aspect supposé d’origine. LA partie maçonnerie du chantier est confiée à l’entrepreneur Armand REQUIER et la sculpture au rouennais Edmond BONET. Malgré ces travaux, quelques décennies plus tard, la dépose des peintures de la voûte entre 1962 et 1965 sera l’occasion de mener une autre campagne de restauration de grande ampleur. La restauration complète de la chapelle va s’étaler sur une vingtaine d’années.

Voute Peinte 1

Les peintures de la voûte du chœur. En haut à droite de l’image, se trouve la le Baptême du Christ puis, en suivant le sens des aiguilles d’une montre, la fuite en Égypte, la Vierge en Majesté avec à ses pieds les offrandes des Rois Mages et le sommeil des Rois Mages, puis la Marche des Rois Mages, la visite des Rois Mages chez Hérode et enfin, la scène coupée représente la Visitation.

Voute Peinte 2

Les peintures de la voûte du chœur, suite de la photo précédente : les scènes représentées sont la Visitation, la nativité et l’Annonciation.

Les peintures de la voûte quant à elle, ont été redécouvertes en 1895 à l’occasion de la première campagne de restauration. Pour les préserver, on confie les travaux ay peintre Louis YPERMANN qui nettoient les peintures et les restaure en reprenant les traits effacés et applique un lait de cire afin de fixer les pigments pour les préserver. Ce n’est qu’au bout de quelques années que ce procédé s’est révélé catastrophique pour l’œuvre en entraînant son opacification ainsi que l’écaillage de la couche picturale. En 1932, on tente de refixer les peintures à la gomme arabique mais l’examen de 1958 confirmera leur état avancé de dégradation et la nécessité d’entreprendre une nouvelle campagne de sauvetage. Restaurées par Marie-France CHRISTEN, cette surface de près de 56m2 sera finalement reposée en 1983 et 1984 après la restauration complète de l’édifice et l’installation d’un système de chauffage qui permet le maintient constant de la température et assure ainsi une meilleure conservation des peintures.

Cliquez sur la photo pour voir l'ensemble de la galerie.

Cliquez sur la photo pour voir l’ensemble de la galerie.

Source : le document distribué dans la chapelle réalisé à partir des archives municipales du Petit-Quevilly (2007)

Liens : La chapelle Saint-Julien sur le site de la ville

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