Musée Victor HUGO, Villequier (Seine-Maritime, 76)

À Villequier, sur les bords de Seine, le musée Victor HUGO fut inauguré en 1959 grâce aux multiples dons des héritiers de la famille VACQUERIE à qui cette demeure datant de la première moitié du XIXe siècle appartenait. Ils ont été intimement liés de longues années à l’écrivain. Elle fut le théâtre des amours de la fille aînée de l’auteur de Notre-Dame de Paris, Léopoldine HUGO, et de son mari Charles VACQUERIE. C’est aussi le lieu où ils disparurent tragiquement le 4 septembre 1843, emportés par un retour de tourbillon de vent qui a fait chavirer leur canot alors qu’ils s’étaient embarqués à destination de Caudebec-en-Caux avec l’oncle du jeune époux et son neveu Arthur VACQUERIE. Charles tenta de sauver sa femme, mais en vain. Il se laissa alors couler de désespoir.

Musée Victor Hugo

Musée Victor Hugo

Ce n’est que cinq jours plus tard que le poète apprit leur décès par la presse. Cette nouvelle l’affecta terriblement et il évoque cette perte dans Les Contemplations :

« N’ayant pu la sauver, il a voulu mourir.

[…]

Leurs âmes se parlaient sous les vagues rumeurs.

– Que fais-tu ? Disait-elle. – Et lui, disait : – Tu meurs ;

Il faut bien aussi que je meure ! –

Et, les bras enlacés, doux couple frissonnant,

Ils se sont en allés dans l’ombre ; et, maintenant,

On entend le fleuve qui pleure.

[…]

Villequier, Caudebec, et tous ces frais vallons,

Ne vous entendront plus vous écrier : “Allons,

Le vent est bon, la Seine est belle !”

Comme ces lieux charmants vont être plein d’ennui !

Les hardis goélands ne diront plus : C’est lui !

Les fleurs ne diront plus : C’est elle ! ».

 

C’est Charles Isidore VACQUERIE (1779-1843), armateur prospère domicilié au Havre, qui fit construire cette demeure qui devint la résidence secondaire de sa famille, mais c’est à son fils, Auguste, que l’on doit de très nombreux documents. Ce musée évoque la vie de cette époque. Chaque pièce est consacrée à un thème et remémore un aspect de la vie des familles HUGO et VACQUERIE.

La visite débute par le salon VACQUERIE, consacré à Auguste (1819 – 1895), ami des HUGO qui a mené une carrière de journaliste et d’écrivain. On y trouve des témoignages de sa carrière politique et littéraire ainsi que des sculptures et des tableaux (dont des tableaux italiens du XVIIIe siècle rapportés par son héritier Pierre VACQUERIE). Nous poursuivons par la salle du billard, indispensable au XIXe siècle et qui est aujourd’hui consacrée aux expositions temporaires.

Un petit escalier nous mène à l’étage et la chambre suivante est consacrée à l’univers de l’enfance et la présentation de la double famille HUGO-VACQUERIE. Le combat de Victor HUGO pour la protection de l’enfance y est aussi mentionné. Logiquement, la visite continue par la chambre de Madame HUGO, Adèle, que l’écrivain épousa en 1822, puis par le bow-window attenant consacré à sa maîtresse, Juliette DROUET.

La suite est plus émouvante : elle concerne Léopoldine HUGO-VACQUERIE et son jeune époux Charles. Si la seconde chambre reproduite celle qu’ils occupaient au Havre, l’ombre de la tragédie du 4 septembre plane dans ces pièces. Un fac-similé du journal dans lequel ont été relatés les évènements nous laisse imaginer ce que Victor HUGO a pu ressentir en y apprenant la nouvelle. Si le récit donne dans le spectaculaire, il n’en reste pas moins émouvant. Quelques lignes suffisent à s’en rendre compte : « Des paysans, sur la rive opposée, ont vu Charles Vacquerie reparaître sur l’eau et crier encore, puis plonger et reparaître, puis plonger et disparaître, puis monter et crier encore, et replonger et disparaître… six fois ! Ils ont cru qu’il s’amusait ! Il plongeait et tentait d’arracher sa femme qui, sous l’eau, se tenait au canot renversé, mais qui se tenait comme se tiennent les noyés ; ses pauvres petites mains étaient plus fortes que des crampons de fer. Les efforts de Charles, ses efforts désespérés, ont été sans succès. Alors il a plongé une dernière fois et il est resté avec elle. »

Bords de Seine à Villequier

Bords de Seine à Villequier

Les dernières pièces sont entièrement consacrées à Victor HUGO. Tout d’abord, l’atelier photographique où de nombreuses prises de vues datent de son exil à Jersey (1852 – 1855) puis à Guernesey (1855 – 1870). Une petite pièce relate ses funérailles nationales et enfin, la toute dernière relate ses principales œuvres. À noter, la présence du tableau Esmeralda et sa chèvre Djali, récemment acquis grâce à une souscription lancée par les amis des musées départementaux et à laquelle a pris part, entre autres, feu l’association P’tit Pat’ Rouennais. Le tableau exposé est une copie du XIXe siècle.

Malgré le cadre particulièrement agréable (Villequier est un charmant village en bord de Seine et qui a su rester dans son jus), j’ai été un peu déçue par la visite de ce musée. Non pas en raison du contenu, la visite est courte, les documents – à mon goût – intéressant, mais par la muséographie elle-même. On nous promet une maison du XIXe siècle, dans son jus, mais les aménagements ne sont pas toujours heureux. Il manque un éclairage pour la première vitrine de la chambre consacrée à l’enfance. Les fenêtres étant occultées pour permettre la protection des œuvres, on se retrouve à ne pas y voir grand chose, ce qui s’avère quelque peu frustrant. Et outre la tapisserie abimée dans la chambre photographique, le pire sont sans doute ces gros spots vieillissants installés sur des rampes aux plafonds ! Côté immersion, on fait mieux. Ce sont les gros points noirs de cette visite. Certes, le tarif pour l’entrée n’est pas très élevé et je ne connais pas le budget consacré au musée, mais je ne peux qu’espérer que dans les années à venir il fasse l’objet d’une restauration plus respectueuse.

Et si vous passez par là, ne manquez pas d’aller visiter l’église Saint-Martin située à quelques centaines de mètres seulement. Outre l’édifice qui vaut à lui seul ce petit détour, c’est dans le cimetière qui l’entoure que repose la famille VACQUERIE- HUGO.

Pierre tombale de Charles VACQUERIE et Léopoldine VACQUERIE-HUGO

Pierre tombale de Charles VACQUERIE et Léopoldine VACQUERIE-HUGO

Musée Victor Hugo

Église Saint-Martin

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Le musée est ouvert tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 18h (17h30 du 1er octobre au 31 mars) sauf le mardi, le dimanche matin et les jours fériés suivants : 1er janvier, 1er mai, 1er et 11 novembre et 25 décembre.

Tarifs : 3€ – tarif réduit : 1,50€ (personnes de plus de 65 ans, groupes à partir de 15 personnes) – gratuit pour les moins de 18 ans, les étudiants et les demandeurs d’emploi.

Bibliographie :

  • Jean-Christophe COLLET, Lieux romantiques de Normandie – Jardins, Abbayes, Châteaux, Cafés, Hôtels…, Éditions Ouest-France, Rennes, 2013.
  • Gérard POUCHAIN, Dans les pas de Victor Hugo en Normandie et aux îles anglo-normandes, Orep Éditions, Bayeux, 2010.
Cliquez sur la photo pour accéder à l'ensemble de la galerie.

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One Reply to “Musée Victor HUGO, Villequier (Seine-Maritime, 76)”

  1. merci pour toutes ces informations très intéressant on parlerait comme cela dans les cours de Français on se serait plus intéressé au cours (me concernant)

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