L’abbaye Saint-Georges de Boscherville, Saint-Martin de Boscherville, Seine-Maritime (76)

C’est un article un petit peu plus complet que je souhaite rédiger aujourd’hui puisqu’il doit concerner l’ensemble du domaine abbatial : l’église, ce qu’il reste des bâtiments monastiques et, surtout, les jardins. Il y a déjà de nombreuses semaines que l’idée de parler de ce site que je fréquente quasi-quotidiennement me trotte dans la tête, mais le morceau étant conséquent, je n’avais pas encore osé me lancer. Un mot sur ma relation avec celui-ci : en octobre dernier, j’ai débuté une formation de guide bénévole suite à un appel lancé par le magazine de la CREA. À l’occasion de celle-ci, j’ai proposé ma candidature pour y travailler en tant qu’agent d’accueil, chose faite depuis le 18 mars dernier. Dois-je préciser le plaisir que j’ai à venir ici, quels que soient le temps, la saison ? Il y a toujours quelque chose à découvrir, à apprécier ici. Les plaisirs varient au fil des saisons. Du dépouillement hivernal qui met en avant la symétrie du jardin à la française et la bruyère en fleur, aux couleurs de l’automne, saison durant laquelle abondent pommes, poires, courges et choux en tout genre, en passant par la renaissance printanière qui exalte tant la vue que l’odorat et l’été qui permet de profiter plus tardivement d’une belle lumière.

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L’abbatiale Saint-Georges au crépuscule

L’histoire de ce site remonte aux temps gaulois. Les vestiges d’un modeste temple datant du Ier siècle de notre ère témoigne de cette première occupation religieuse ont été retrouvés à l’occasion des fouilles archéologiques menées de 1978 à 1993 par Jacques LE MAHO et Nicolas WASYLYSZYN. Au IIe siècle, un fanum gallo-romain un peu plus développé remplace ce premier édifice. Au VIIe siècle, la galerie du fanum a disparu, mais le centre est réutilisé pour édifier la première chapelle (sans doute funéraire) dédiée à Saint-Georges. Son emplacement est matérialisé dans l’abbatiale actuelle par un carré de briques. Enfin, une collégiale, dernier édifice précédant l’abbaye bénédictine, est fondée au XIe siècle.

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Le chevet de l’abbatiale

Les derniers moines quittent l’abbaye après la Révolution française. L’église est sauvée de la destruction en devenant le lieu de culte paroissial quand le reste du domaine est vendu à un teinturier rouennais qui fera faillite en 1820. Cet épisode entraîne le démantèlement du site et la disparition des plus belles pierres du grand escalier, du bassin et des balustres. Des éléments architecturaux des jardins vont ainsi se retrouver dispersés dans les manoirs de la vallée de la Seine. Le département de Seine-Inférieure se porte acquéreur de la salle capitulaire en 1822, sauvant celle-ci de la destruction. Puis en 1980, le département de la Seine-Maritime (le changement de nom a eu lieu en 1955) se portera acquéreur de plusieurs maisons d’habitation, de bâtiments de ferme et d’exploitation ainsi que de terrains agricoles qui viennent compléter le domaine patrimonial de l’abbaye.

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L’orgue de l’abbatiale

Les jardins

Les jardins eux-mêmes sont abandonnés et transformés en terres agricoles depuis 1828 et loués à des exploitants jusqu’en 1987. À partir de cette date, le Département confie la gestion du site à l’Association Touristique de l’Abbaye Romane (ATAR) par un bail emphytéotique de trente ans. Cette dernière entame un programme de restauration et de mise en valeur du site de l’abbaye qui commence par la remise en état du mur d’enceinte dès l’été 1987 dans le cadre d’un Chantier Histoire et Architecture Médiévale. Le chantier de fouille archéologique se poursuit en même temps et permet de découvrir des éléments du jardin médiéval et du jardin du XVIIe siècle, créé par les mauristes à partir de 1680.

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Le jardin des senteurs

    Le Département et l’ATAR lance les premières études de restitution des jardins historiques en 1989. Le projet est sous la maîtrise d’ouvrage de l’État par l’intermédiaire de la Direction Régionale des affaires Culturelles, et sous la maîtrise d’œuvre de l’architecte en chef des Monuments historiques, Dominique MOUFLE. Le premier projet voit le jour sous le crayon de paysagiste Louis BENECH (qui réalisa le réaménagement de la partie ancienne du jardin des Tuileries à Paris en 1990), en coordination avec le bureau d’études Gibet Espace. Il s’inspire de la gravure du Monasticum Gallicanum de 1683 qui est le document le plus précis qui nous soit parvenu sur le tracé des jardins au XVIIe siècle.

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Les jardins en automne

La recréation actuelle des jardins mêle diverses influences : médiévale, jardins italiens en terrasse et jardins à la française de l’époque classique. Si on retrouve la symétrie de ces derniers, on a aussi les vergers, potagers, plantes médicinales et jardin des senteurs qui nous viennent tout droit des jardins utilitaires des abbayes médiévales. Le bassin central d’où partent quatre allées également. C’est une référence au jardin d’Éden, le jardin idéal.

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Les jardins, vus depuis la terrasse.

Tout en haut du site, de là où l’on peut admirer le panorama sur la vallée de la Seine, se trouve aussi un petit pavillon dont l’usage passé reste tout à fait énigmatique. Appelé, le pavillon des vents, il n’existe cependant aucune certitude sur son usage. Seulement des hypothèses (peut-être servait-il à l’observation du ciel ?). Nous pouvons également remarquer les différents « cadrans » solaires.

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Le Prieur, sculpture de Michel BECK, devant le Pavillon des vents.

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Cadrans solaires

079La salle du chapitre (ou salle capitulaire)

C’est – à mes yeux – le joyau de l’abbaye. Cette salle capitulaire romane, insérée dans le bâtiment classique du XVIIe siècle, a beau se présenter sous une apparente simplicité, les détails font toute la différence. Elle a également conservé son plan originel rectangulaire avec un chevet plat, ce qui lui permet de se distinguer par rapport aux salles capitulaires normandes de la génération antérieures qui présentent une abside semi-circulaire, comme à Jumièges. La tradition attribue sa construction à l’abbé Victor (1157 – v. 1211), ce que confirment les décors sculptés qui peuvent être datés des années 1160-1170. Les sculptures actuelles de l’entrée qui donnent depuis le cloître sont évidemment des copies, les fragiles originales ayant été fortement endommagées par les épreuves du temps. Cette porte est cantonnée de deux autres ouvertures qui permettent aux auditeurs ne prenant pas place parmi les moines d’entendre les délibérations depuis la galerie du cloître. Le décor de la façade quant à lui, est caractéristique des dernières années d’un art roman normand.

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La Vierge à l’Enfant, au centre du cloître, vue depuis la salle du chapitre.

Je pourrais encore en écrire des pages et des pages, mais l’exhaustivité n’est pas forcément mon but ici. Si vous êtes normand, ou de passage en Haute-Normandie, je ne peux que vous conseiller la visite de ce site qui se trouve aux portes de Rouen, afin d’admirer de vos propres yeux les merveilles architecturales et paysagères de ce site. Et vous pouvez également en savoir plus en consultant les deux ouvrages qui m’ont aidé à la rédaction de cet article :

  • Jacques LE MAHO et Nicolas WASYLYSZYN, Saint-Georges de Boscherville, 2000 ans d’histoire, Rouen, GRAPC, 2008.
  • Jardins secrets : les parcs et jardins du département de la Seine-Maritime, Milan, SilvanaEditoriale, 2011.
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Cliquez sur l’image pour accéder à l’ensemble de la galerie.

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