Le temple Saint Éloi, Rouen, Seine-Maritime (76)

Le temple Saint Éloi se situe à proximité de la place de la Pucelle, à deux pas du Théâtre des Arts. Il est classé Monument Historique par arrêté du 22 juin 1911. À sa fondation, l’édifice se situait au sud-ouest, en-dehors de la ville. Au XIe siècle, en effet, ce qui allait d’abord devenir l’église Saint Éloi n’est qu’une petite chapelle édifiée sur une île formée par un bras de la Seine et ce n’est qu’après son rattachement à la terre ferme qu’une véritable église fut érigée à sa place. Le 5 juillet 1228 fut commencée une première église importante qui comportait trois autels : le principal était dédié à Sainte-Croix, les deux autres à Notre-Dame-de-la-Consolation et à Saint-Firmin

Bas côté sud

Bas côté sud

On décida de reconstruire une nouvelle église au début du XVIe siècle. Les travaux débutèrent par les trois travées est. À l’époque de Jacques LELIEUR (1525), seul le chevet était construit comme en témoigne sa Grande Vue de Rouen qui détaille précisément l’état de la ville à cette époque.

En 1562, l’édifice fut mis à sac par les Huguenots. Cela n’empêcha pas les travaux de reprendre en 1576 et de se poursuivre jusqu’au début du XVIIe siècle. La tour date de la fin du XVIe siècle (1579 – 1580) tout comme la rose qui surmonte le portail principal.

Au début du XVIIIe siècle, de nouveaux travaux importants furent entrepris par l’architecte MARTINET mais ils concernent le décor intérieur qui devint baroque.

Chaire a Prêcher

Chaire a Prêcher

Le dernier curé de Saint-Éloi fut Germain BARRÉ qui fut surtout connu dans le milieu des libraires de l’époque pour avoir amassé une impressionnante collection de livres. Il devint bouquiniste sur le port de Rouen pour échapper aux fureurs de la Révolution avant de mourir à Montville en tant que simple curé.

L’édifice possède un plan simple : il présente une nef de neuf travées flanquées de deux bas-côtés. Les trois travées à l’est étaient voûtées d’arêtes. On y a ajouta plus tard les clefs à pendentifs (en mauvais état, ils furent supprimés vers 1827 ou 1829). Les dernières travées de la nef quant à elles n’avaient reçues à l’origine qu’un vaisseau de bois. Le chœur, peu proéminent, est à trois pans.

Nef et Choeur

Nef et Choeur

La tour du clocher est assise à l’extrémité du bas-côté nord. Elle est surmontée d’un clocher en charpente du XVIIe siècle. À l’origine ce devait être une construction en colombage qui fut ultérieurement couverte d’ardoises.

Le mobilier de l’édifice vaut tout à fait le détour. À commencer par son très bel orgue d’époque Louis XV, fabriqué par LEFEBVRE (père et fils), qui occupe la tribune au revers du portail. Il possède un buffet imposant et admirablement ouvragé dû au sculpteur ROLLET. Élève de François D’AGINCOURT, Jacques DUPHLY (1715 – 1789) joua de cet orgue dans sa paroisse natale et réussit à s’y imposer comme titulaire. Il aimait utiliser cet instrument aux trente-six jeux, toujours en place actuellement. De nombreux organistes apprécient encore l’instrument lors de concerts organisés chaque année.

Orgue

Orgue

Quelques verrières remarquables ornaient les fenêtres. Les plus anciennes étaient du XVIe siècle. Dans la verrière d’axe se trouvait une Crucifixion (entrée en mars 1835 au musée des Antiquités, elle a été replacée dans l’église Saint-Nicaise après son incendie). Elle fut remplacée par la gloire provenant de l’église Saint-Étienne-des-Tonneliers. Les verrières latérales de l’abside gardent encore une Passion et un Arbre de Sainte-Anne. Le musée des Antiquités conserve La légende du Juif et de l’Hostie du XVIe siècle provenant de cette église.

Un puits fut retrouvé en 1964 devant l’autel. Il était alimenté par une source qui ne tarissait jamais. On puisait l’eau à l’aide d’un seau retenu par une chaîne de fer. Un vieux proverbe rouennais disait de toute chose glacée qu’elle était « froide comme la corde du puits de Saint-Éloi ». Ce puits était comblé de morceaux de statues cassées par les Huguenots en 1562. Reconstitués par l’actuelle communauté réformée rouennaise, quelques-uns des plus beaux specimens ont été offerts au musée des Antiquités de Rouen.

Pour finir, l’église contient quelques tombeaux curieux, en particulier celui du père du médecin rouennais Marin LE PIGNY ainsi qu’un énigmatique « tombeau extérieur » portant en inscription : « Ici gît un corps sans âme, priez Dieu qu’il en ait l’âme ». De style Renaissance, ce cénotaphe est placé dans le mur sud et occupe le soubassement de la cinquième travée de l’église. Il était avant dans le cimetière.

Conservée au nombre des treize paroisses d’après la Révolution, l’église fut néanmoins fermée en 1791. Désaffectée, Saint-Éloi fut transformée en magasin à fourrage. En 1793, elle devint une fabrique de plomb de chasse, comme beaucoup d’église, en raison de l’utilisation de la tour de son clocher pour cette entreprise.

Par décision de Bonaparte, alors consul à vie, l’édifice fut affecté à l’Église réformée en 1803 comme lieu de culte. Les protestants y célèbrent donc leurs offices, et l’église est ainsi devenue un temple, devant une place Saint-Éloi, dénommée depuis place Martin Luther King. Saint-Éloi eut à souffrir de quelques dommages pendant la Seconde Guerre mondiale et ne fut rendue au culte que le 2 avril 1950, après une sérieuse restauration. Un bas-relief en marbre du XVIIIe siècle fut dégagé en 1945, sous l’autel. Il représente les Funérailles de Saint-Éloi.

Patronage

Éloi, patron des maréchaux ferrants, forgerons, selliers et carrossiers, naquit en 588 à Chatelac près de Limoges. Il fut d’abord maréchal ferrant puis orfèvre, et sa réputation lui valut d’être appelé à la cour du roi Clotaire II, pour qui il devint maître des monnaies et conseiller du trésorier royal. Il poursuivi ses fonctions sous le règne de Dagobert avant de décider de devenir évêque, en 642. Il fut élu au siège de Noyon avant d’être ordonné à la cathédrale de Rouen en même temps que son ami Saint Ouen (il a également connu Saint Wandrille, autre saint à l’origine d’une fameuse abbaye normande). Par la suite, son culte fut largement répandu au Moyen âge.

Cliquez sur la photo pour voir l'ensemble de la galerie

Cliquez sur la photo pour voir l’ensemble de la galerie

Bibliographie : François LEMOINE et Jacques TANGUY, Rouen aux 100 clochers, Dictionnaires des églises et chapelles de Rouen (avant 1789), Éditions PTC, Le-Mesnil-sur-l’Estrée, 2009 (ISBN : 978-2-9062-5884-6, p 42-44

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *