La Cathédrale Notre-Dame de la Treille, Lille, Nord (59)

La première fois que je suis arrivée devant la cathédrale Notre-Dame de la Treille, ma première réaction a été de me demander quel était cet horrible édifice qui faisait tâche au cœur du vieux Lille. Et puis je m’en suis approchée, j’ai pris le temps de l’observer et j’ai assez rapidement revu mon jugement. Certes, son esthétique dépote, sa façade moderne ne peut laisser personne indifférent, mais elle gagne à être connue. Et il ne faut, à mon avis, surtout pas rater la visite de l’intérieur, pour se rendre compte de l’ampleur de la réussite de l’édifice.

Façade

Façade

Ce n’est qu’en 1913 que Lille, la plus grande ville du Nord, devint le siège d’un évêché. Depuis 1801, elle faisait partie du diocèse de Cambrai. Après la loi de 1905 (séparation de l’Église et de l’État) qui rendit possible la création du nouveau diocèse, le choix de la cathédrale s’imposa. Notre-Dame de la Treille était alors en plein chantier et devait être promise à devenir le plus grand édifice néo-gothique de France. Les évènements en ont décidé autrement.

Portail principal, réalisé en verre et en bronze par Georges Jeanclos.

Portail principal, réalisé en verre et en bronze par Georges Jeanclos.

Les origines du projet remontent à 1854. On envisage alors la construction d’une gigantesque basilique. L’architecte LEROY est choisi pour mener à bien le chantier d’un édifice dans le style du XIIIe siècle et dont les deux tours de façades devaient, avec leurs flèches, culminer à cent mètres de hauteur. Les travaux commencèrent en 1856. En 1869, le chœur qui est édifié jusqu’à la hauteur du triforium (passage étroit aménagé dans l’épaisseur des murs au niveau des combles sur les bas-côtés de la nef d’une grande église.) est inauguré. Les difficultés financières et administratives arrivent ensuite. Les travaux des chapelles et du déambulatoire commencèrent en 1893 pour s’achever en 1908. La Première Guerre mondiale interrompit à nouveau le chantier qui ne pu reprendre qu’en 1922. Le transept nord fut achevé en deux ans, le sud fut construit entre 1928 et 1938 et la nef de 1941 à 1947. Tous ces éléments, tout comme le chœur, s’achevaient au niveau du triforium et la construction des parties hautes (fenêtres et voûtes), posait un problème financier insurmontable. En 1953, près d’un siècle après le début de sa construction, il fut décidé de ne jamais les construire mais de couvrir l’ensemble du vaisseau d’une voûte en berceau brisé et de se limiter, pour l’éclairage, à quatre petites baies par travées, au-dessus du triforium. Il fallut encore vingt ans pour achever ces voûtes.

Un mur provisoire clôturait le chantier à l’ouest alors que la question de la façade restait sans solution. De 1991 à 1999, Mgr DEFOIS fit ériger par l’architecte Pierre-Louis CARLIER une façade définitive et fit réaménager tout l’intérieur afin de lui donner une unité. Mais sans autre clocher que le campanile qui la flanque, pourrait-on considérer l’édifice comme achevé ?

Le campanile

Le campanile

Néanmoins, le travail sur les sols et les surfaces, la réalisation d’un mobilier complet, avec luminaire, réussit à donner une parfaite unité à l’édifice malgré son histoire complexe.

Chœur

Chœur

Réalisée entre 1856 et 1897, la chapelle d’axe qui abrite la statue de Notre-Dame de la Treille, raison d’être de l’édifice, est un véritable écrin pour celle-ci (réplique moderne, réalisée par Marie Madeleine WEERTS. L’original ayant été volé en juillet 1959). La statue se trouve dans un habitacle qui surmonte un autel de bronze doré et elle est portée par trois saints pèlerins, saint Thomas Becket, saint Louis et saint Bernard. Son nom, Sainte Chapelle, est une référence à la Sainte Chapelle parisienne dont elle s’inspire également architecturalement : elle comporte onze grandes verrières, sous des voûtes de dix-sept mètres de haut. Les vitraux relatent la vie de la Vierge Marie et l’histoire de Notre-Dame de la Treille. Les mosaïques murales représentent douze femmes de l’Ancien Testament. L’allée centrale porte également une mosaïque présentant la cité de Lille dans ses dimensions religieuse, militaire, universitaire et industrielle. La table de communion porte six statues, trois personnages de l’Ancien Testament (Melchisédech, Ruth et Élie) et trois saints glorifiant le Sacrifice (sainte Julienne, saint Thomas d’Aquin et sainte Marguerite-Marie). La mosaïque au pied de l’autel représente la Création : les quatre éléments, les astres et le règne animal.

Sainte Chapelle

Sainte Chapelle

Le baptistère se trouve dans la chapelle du Sacré-Cœur de Jésus qui a été achevée en 1908. Les mosaïques représentent toutes les races et tous les âges de la vie adorant le Christ. La partie haute de la mosaïque murale représente le christ roi entouré à sa droite de David et d’Isaïe et à sa gauche de saint Jean et saint Paul. La frise inférieure représente de gauche à droite la race noire, la race blanche, la race rouge et la race jaune, chacune aux quatre âges de la vie (enfance, adolescence, maturité, vieillesse). Le retable porte deux petits médaillons, l’un qui figure Léon XIII consacrant l’Église au Sacré-Cœur devant la basilique Saint-Pierre de Rome en 1899 et l’autre qui figure le Cardinal Richard consacrant la France au Sacré-Cœur devant la basilique de Montmartre, élevée en expiation des péchés de la Commune de Paris. Le tabernacle, surmonté d’une coupole garnie d’émaux, est entouré de quatre anges qui représentent les quatre fins de la messe (l’Adoration, l’Action de grâces, la Réparation et l’Adoration).

Chapelle du Sacré-Cœur de Jésus

Chapelle du Sacré-Cœur de Jésus

La chapelle de saint Charles le Bon, achevée en 1904, est dédiée à ceux qui ont fait la grandeur de la Flandre et en premier lieu à Charles le Bon qui participa à la première croisade de 1096 à 1099. Le retable comprend trois bas-reliefs d’argent encadrés de deux colonnettes d’onyx vert. Ils représentent, au centre, la dédicace de la ville à la Vierge par Jean le Vasseur en 1634 et, de part et d’autre, Marguerite de Constantinople offrant à la Vierge le bref de sa confrérie et le premier chapitre de la Toison d’or tenu à Lille en 1431. Jean le Vasseur est également représenté sur les mosaïques murales parmi d’autres personnages illustres comme Baudouin V de Flandre, fondateur de Lille, ou Louis XIV. Le rappel des croisades est figuré par la croix de Jérusalem sous l’autel et, au-dessus de l’autel, par le reliquaire contenant un ossement de saint Louis. Aux quatre coins de son socle sont représentés quatre pèlerins de Notre Dame de la Treille : saint Bernard, saint Louis, saint Vincent Ferrier et saint Thomas de Cantorbery. La mosaïque du pavé porte les 128 blasons des paroisses de l’ancienne Châtellenie de Lille. Les vitraux retracent la vie et le martyre de saint Charles le Bon (à gauche, sa prospérité, au centre son martyr à Bruges, à droite, la conspiration).

Chapelle de Saint Charles le Bon

Chapelle de Saint Charles le Bon

Également achevée en 1904, la chapelle Sainte-Anne, mère de la Vierge et patronne des menuisiers et des couturières, est dédiée au travail et représente quelques corporations lilloises. Elle témoigne de l’attachement de la bourgeoisie lilloise au système corporatif par opposition au syndicalisme qui se développe sous l’influence des idées socialistes. Soixante-dix corps de métiers sont représentés, dont trente sont figurés par des saints patrons lillois : trois dans les vitraux, douze dans les mosaïques murales et quinze dans la mosaïque au sol. L’autel, en brèche violette avec colonnes d’onyx ambré, porte une mosaïque d’émail qui représente l’arche de Noé. Au centre, Sainte Anne est entourée de deux scènes également en mosaïque d’émail. La première symbolise la famille, elle représente Joachim et Anne conduisant leur fille Marie au temple de Jérusalem ; la seconde symbolise le travail, elle représente Joachim et Anne apprenant à leur fille à filer. Les quatre mosaïques murales figurent chacune trois saints patrons dans trois grands médaillons et des artisans dans des médaillons plus petits. Elles évoquent de gauche à droite le bâtiment, l’industrie, l’alimentation et l’habillement. Les trois verrières sont dédiées chacune à un saint patron corporatif majeur de la ville. De gauche à droite, saint Arnould, patron des brasseurs, saint Éloi, patron de l’industrie du fer et saint Nicolas, patron de l’industrie du fil. La mosaïque au sol représente quinze corporations et quatre confréries : les arbalétriers, les archers, les tireurs d’armes et les canonniers.

Chapelle Sainte Anne

Chapelle Sainte Anne

La chapelle de Saint Jean l’Évangéliste elle aussi achevée en 1904, est dédiée au savoir et à l’éducation. La table de l’autel de marbre rouge, en calacata, recouvre le sarcophage de Sainte Plinia, martyre translatée des catacombes de Rome au diocèse de Cambrai en 1847. Le retable représente le Christ enseignant aux trois âges de la vie : l’enseignement primaire, où Jésus fait venir à lui les petits enfants, l’enseignement secondaire, avec Jésus parmi les docteurs et, sur la porte du tabernacle, l’enseignement supérieur, où Jésus donne à ses apôtres la mission d’enseigner. Les verrières figurent les saints enseignants, Jean-Baptiste de La Salle (enseignement primaire), Louis de Gonzague (enseignement secondaire) et Thomas d’Aquin (enseignement supérieur). Les mosaïques murales se lisent de bas en haut et sont dédiées à quelques disciplines académiques et à leurs représentants. À gauche, la philosophie, la rhétorique, l’arithmétique, la dialectique, la grammaire et la géographie ; à droite, les sciences naturelles, la peinture, l’architecture, la géométrie, la musique et l’astronomie. La mosaïque au sol évoque le poison que faillit avaler l’apôtre : c’est un semis de coupes d’où jaillit un petit dragon. Au centre, le tétramorphe : l’aigle de Jean, le lion de Marc, le bœuf de Luc et l’ange de Matthieu.

Chapelle Saint Jean l’Évangéliste

Chapelle Saint Jean l’Évangéliste

La chapelle Sainte Jeanne d’Arc est achevée en 1904. On parle plutôt ici de chapelle de Jeanne d’Arc puisqu’au moment de son édification Jeanne d’Arc n’avait pas encore été canonisée par l’Église. Sur la mosaïque du sol, on trouve la sainte ampoule qui servait à oindre le front des rois lors de leur sacre. Sur les mosaïques des murs on retrouve un exemple de parité puisque l’on a six figures d’hommes à gauche (Saint-Martin, Clovis, Charlemagne, Hugues Capet, Louis IX de France et Louis XVI) et six figures de femmes sur le côté droit (sainte Aurélie, Blanche de Castille, Madame Élisabeth, sainte Geneviève, sainte Clotilde et Hildegarde). Les trois verrières racontent la vie de Jeanne d’Arc : sa mission à gauche, sa carrière à droite et son martyre. Son autel est en marbre rose des Pyrénées. Sur le tombeau se trouve un bas-relief en bronze reproduisant un tableau d’Ingres. Sur la porte du tabernacle est représenté le Bon Pasteur en bronze doré. L’épée d’honneur qui est accrochée au socle de la statue fut offerte par les catholiques français en 1907 au capitaine Magniez qui, en 1906, à l’époque des inventaires prévus par la loi de séparation de l’Église et de L’État, refusa de faire briser à coups de hache les portes de l’église de Saint-Jans-Cappel (Nord).

Chapelle Jeanne d'Arc

Chapelle Jeanne d’Arc

La chapelle Saint Joseph est achevée en 1908. Elle comporte une mosaïque murale qui représente le pape Pie XI avec à sa droite le cardinal Régnier, archevêque de Cambrai, parmi d’autres ecclésiastiques et les doyens des cinq facultés catholiques de Lille et à sa gauche le comte de Chambord, héritier du trône de France, suivi de représentants de divers corps de métier. La table de l’autel, qui repose sur trois colonnes, est en granit rose des Vosges, en marbre vert des Alpes et en pierre blanche colorée. Le bas de l’autel porte les outils du charpentier dans un premier médaillon et les attributs de la royauté (la couronne, le glaive, le sceptre et le bâton de justice) dans un second, Joseph étant descendant du roi David. Le tabernacle porte trois médaillons illustrant les vertus théologales (la Foi, symbolisée par le serpent d’airain ; l’Espérance, symbolisée par l’ancre ; la Charité, symbolisée par le pélican). De part et d’autre, sont représentés le quotidien de la Sainte Famille et la mort de Joseph. La verrière présente dans la rosace l’apothéose de saint Joseph dans le ciel et dix médaillons qui retracent les principaux épisodes de sa vie (de gauche à droite et de bas en haut : les fiançailles, l’apparition de l’ange, l’entrevue avec Marie, le mariage, la crèche, la fuite en Égypte, le séjour en Égypte, le retour à Nazareth, le voyage à Jérusalem, Jésus retrouvé dans le temple).

Chapelle Saint Joseph

Chapelle Saint Joseph

Revers de la façade

Revers de la façade

 

Bibliographie : Mathieu LOURS, Dictionnaire des cathédrales, éditions Jean-Paul GISSEROT, 2008, Luçon.

Pour la description des chapelles : Wikipédia.

L’Orgue : Un Grand Orgue pour Notre Dame de la Treille à Lille

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