Hôtel du Molant, Rennes, Ille-et-Vilaine (35)

Le XVIIe siècle se caractérise par la construction d’hôtels particuliers pour nobles parlementaires tels que l’hôtel du Molant privilégiant dans la première moitié du siècle un décor à pilastres, frontons et niches puis, des frontons triangulaires ou cintrés et des corniches à modillons, avant de se simplifier au XVIIIe siècle pour se concentrer sur les agrafes des ouvertures telles qu’à l’hôtel de Blossac.

Hotel du Molant

Hôtel du Molant

Cette demeure citadine présente la particularité d’avoir toujours, à l’origine, un corps de logis principal en retrait de la rue, une cour et parfois un jardin, en particulier à partir du XVIIe siècle – où le jardin est un attribut noble par excellence – et des communs (remise, écuries, cuisines, etc.).

L´hôtel est, dès l’origine, un lieu de représentation ou de réception publique, voire un lieu de travail pouvant abriter des bureaux. Cet usage entraîne une distinction nette des espaces publics et privés et des pièces de service. Les pièces de réception sont situées en rez-de-chaussée surélevé, ou à l’étage et les appartements privés, aux étages supérieurs.

Les pièces de service sont regroupées en sous-sol ou en étage semi-enterré, voire dans l’aile des communs. L’accès depuis l’espace public s’effectue par une porte cochère ouvrant sur une cour antérieure ou latérale, ou par une porte bâtarde, précédée d´un escalier, ouvrant sur un vestibule, l’accès cocher étant reporté sur une rue secondaire. Toutes ces caractéristiques se retrouvent à l’hôtel du Molant.

C’est à partir de la seconde moitié du XVIIe siècle que les hôtels particuliers en pierre et non à pans de bois vont commencer à se développer à Rennes.

L´influence du modèle du parlement sur l´apparition de demeures types que ce soit par leur implantation, leur structure ou leur élévation est mis en évidence dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, parallèlement à l´apparition de quartiers résidentiels au nord-est de la ville, autour de l´abbaye Saint-Georges, et au nord-ouest, près de la cathédrale. Ils sont pour la plupart dépourvus de jardins véritables, bien qu´il soit un signe important de l´architecture noble. L´auteur signale également l´absence de cour d´honneur, la cour étant alors un simple espace de service. Contrairement au système parisien et aux modèles de Le Muet, le corps de logis est aligné sur rue avec un accès direct par un escalier extérieur à degré.

L’hôtel du Molant est l’un de ces nombreux hôtels qui témoignent du goût qu’eut la ville de Rennes pendant le siècle de Louis XIV pour les bâtiments somptueux. C’est alors l’âge d’or des entrepreneurs. Les riches particuliers, titrés ou bourgeois, ressentirent le besoin d’avoir des hôtels, ces châteaux de villes dont les toits à la Mansart, les hautes fenêtres et les proportions majestueuses attestaient la fortune de leurs propriétaires et leur tendance à suivre le goût du temps. Et le jurisconsulte Pierre HÉVIN (1623-1692), procureur et syndic de la ville, ne fait pas exception. Il juge même sa maison digne de recevoir au-dessus d’une de ses portes, celle qui mène à la cage du grand escalier, une dédicace à Louis-le-Grand.

C’est au cours de l’année 1657 QU’HÉVIN acquit de la ville le terrain sur lequel devait s’élever sa maison, l’une de quinze parcelles des Lices mises aux enchères par la Communauté suite à un don royal. Les acquéreurs devaient s’engager à bâtir des « maisons logeables et en bel ordre de décoration », ainsi qu’à prendre « l’enlignement ». La construction de l’édifice démarra vers 1667 et fut achevée aux alentours de 1671. HÉVIN n’habita jamais l’hôtel qui tire son nom de son gendre qui en hérita partiellement et l’habita : René de BOBERIL de Molant. Il fut loué jusqu’en 1692 par le premier intendant de Bretagne, M. de POMMEREU, qui y reçut plusieurs fois à diner Mme de SÉVIGNÉ. De 1689 à 1692, loge l’intendant de Bretagne. En 1695, soit trois ans après la mort de Pierre HÉVIN, il était divisé en neuf appartements distincts.

Ce bâtiment est réalisé en pierre avec chainage d’angle et entourage de baies en granit au rez-de-chaussée et calcaire à l’étage. Vaste construction, l’ensemble comporte un porche monumental latéral en granit, avec cour intérieure qui a retrouvé son espace initial, occupé pendant des années par une serre ajoutée postérieurement.

L’hôtel se compose de deux vastes corps de bâtiments placés en retour d’équerre et précédés d’une cour.

La façade de la place des Lices comprend un rez-de-chaussée et un étage à cinq ouvertures chacun. La porte d’entrée est surmontée d’un écusson ovale en pierre blanche posé sur un cartouche enroulé. Le toit est à la Mansart et très élevé. Il est soutenu par une corniche à modillons et percé de cinq fenêtres flanquées de consoles renversées et surmontées de frontons alternativement arrondis et triangulaires. Une rangée de lucarnes éclaire les combles au-dessus de ces fenêtres.

La cour possède sur la rue de Juillet un grand portail de granit en plein cintre, à joints ouverts et flanqués de pilastres. De ce côté, l’hôtel présente la même ordonnance extérieure, mais avec un étage en plus en raison de la différence de niveau du sol. En face, le bâtiment présente trois ouvertures par étage tandis que celui de gauche en présente quatre. La partie qui borde la rue, elle, n’en a que deux et ses fenêtres du rez-de-chaussée sont remplacées par des œils-de-bœuf.

Le côté Est de la cours conserve au premier étage un grand écusson ovale semblable à celui décrit précédemment. Le côté Nord est formé au rez-de-chaussée de quatre grandes arcades cintrées en granit. Il renfermait autrefois les écuries et les servitudes.

La façade de la rue Saint Louis contient comme la précédente un étage de plus : chaque étage a dix ouvertures. On remarque au rez-de-chaussée trois œils-de-bœuf ovales et une porte cintrée qui a conservé quelques panneaux rectangulaires anciens ; une petite console en bois, à feuille d’acanthes, orne le sommet du vantail. Un écusson ovale se voit au-dessus de la porte, dans un grand cartouche enroulé en pierre blanche. La toiture est semblable à celle de la face opposée.

En pénétrant dans l’intérieur de l’hôtel par la porte de la place des Lices, on voit au fond d’un couloir, au-dessus d’une porte qui conduit à l’escalier, un curieux trumeau : il contient au centre un médaillon ovale en bois polychrome formé de deux feuilles de chêne, qui renferme un buste de Louis XIV refait récemment et remplaçant un ancien buste doré ; ce médaillon est cantonné de quatre petites rosaces et accosté de deux chutes de feuillages. La décoration est achevée par six médaillons circulaires superposés qui rappellent les victoires du Roi Soleil, et porte l’inscription en capitales romaines ajoutée en 1689: « LODOICO MAGNO GALLIARUM ET NAVARRAE REGI » qui signifie « À Louis Le Grand, roi de France et de Navarre, auguste restaurateur de Rennes ».

Dédicace à Louis XIV.

Dédicace à Louis XIV.

La porte percée sous cette inscription conduit à une vaste cage d’escalier, considérée comme la plus belle de Rennes après celle de l’hôtel Blossac.

Escalier.

Escalier.

L’escalier lui-même est carré et en bois de chêne. Il est soutenu par deux grandes consoles en bois sculptées de palmettes et de volutes. La rampe est à balustres ronds, sa main courante est ornée de moulures. On y conserve un grand éteignoir en tôle pour éteindre les torches. Les portes des paliers sont à panneaux rectangulaires. Le savoir-faire des charpentiers et menuisiers a permis que les coursives, les balustres et les boiseries perdurent jusqu’à nos jours.

Escalier.

Escalier.

La grande salle du rez-de-chaussée aujourd’hui classée est percée de trois fenêtres et de deux portes encadrées de guirlandes de feuilles et de baies de lauriers. Les portes sont surmontées d’une corniche denticulée et d’un grand encadrement rectangulaire formé de feuilles d’acanthe. Une corniche à modillons et à oves soutient le plafond qui est orné d’un caisson central de forme octogonale entouré de feuilles de chêne et de quatre écussons semblables, séparés les uns des autres par quatre autres caissons simplement moulurés. Ces caissons conservent encore quelques toiles peintes qui ont été pendant quelques temps recouvertes d’une épaisse couche de peinture grise mais sont aujourd’hui classées.

Plafonds inscrits

Plafonds inscrits

La cheminée de cette salle est légèrement saillante ; son âtre est encadré d’une guirlande de feuille d’acanthe, d’une torsade et d’une rangée de palmettes ; une frise de feuilles d’acanthe s’étend au-dessus.

Le trumeau est décoré d’un grand encadrement ovale, formé de feuilles de laurier rubanées. Les quatre angles sont remplis de larges rinceaux et des branches de laurier qui se relient toutes ensemble et sont chargées de quatre aigles. Au-dessus se voient une frise de feuilles de laurier imbriquée et une corniche à modillons.

Bibliographie

  • BANEAT, Paul, Le vieux Rennes, Librairie Guénéaud S.A., Paris, 1983
  • MARTIN, Georges, Rennes au XVIIe siècle : la maison de Pierre Hévin, dite « Hôtel du Molant » par Georges Martin, E. Prost, Rennes, 1912
  • RENAULT, Christophe et LAZE, Christophe, Les Styles de l’architecture et du mobilier, Editions Jean-Paul Gisserot, Luçon, 2006
  • LAVENU Mathilde et MATAOUCHEK, Victorine, Dictionnaire d’architecture, Editions Jean-Paul Gisserot, Luçon, 1999
  • HAMON, Françoise, Autour du palais : l’hôtel et le château. In Arts de l’Ouest, études et documents, Rennes : PUR, 1980
  • BABELON, Jean-Pierre. Demeures parisiennes sous Henri IV et Louis XIII, Paris : Le Temps, 1965

Sources internet :

Nota bene: Manquant actuellement de temps, j’ai repris pour cette semaine le texte que j’avais rédigé pour un exposé réalisé en troisième année d’histoire de l’art, plus précisément pour le TD d’art moderne dirigé par Daniel LELOUP. C’est la synthèse de recherches qui m’ont occupé quelques semaines, et toutes les sources que j’ai utilisé ont été citées ci-dessus.

Les photographies accompagnant l’article ne sont pas non plus mes meilleures – loin de là – mais il fait particulièrement sombre à l’intérieur et je n’ai encore jamais eu l’occasion de réellement m’y attarder autant que ce que j’aurais souhaité pour réaliser de meilleures prises de vue. Néanmoins, sachez qu’il n’est pas impossible d’y pénétrer, ne serait-ce que pour voir la dédicace et l’escalier. Les plafonds se trouvent, eux, dans ce qui est actuellement un cabinet de dermatologie. Si ce n’est pas impossible, c’est un peu plus difficile de les voir. 

2 Replies to “Hôtel du Molant, Rennes, Ille-et-Vilaine (35)”

    1. Merci beaucoup pour votre commentaire qui me fait d’autant plus plaisir de la part d’une personne dont j’apprécie suivre les activités (je n’ai pas encore eu l’occasion de suivre l’une de vos visites car je ne vis plus en Bretagne mais pourquoi pas à l’occasion d’un de mes prochains passages ?)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *