Couvent des Bénédictines du Saint-Sacrement, Rouen, Seine-Maritime (76)

Le 26 novembre dernier, un endroit exceptionnel situé au cœur de Rouen, aux 14 et 16 rue Bourg-l’Abbé, ouvrait ses portes aux adhérents de P’tit Pat’ Rouennais : le couvent des Bénédictines du Saint Sacrement, anciennement couvent des Minimes. C’est Sœur Marie-Pascale, historienne et archiviste de la communauté, qui nous a fait découvrir les lieux.

Il faut savoir qu’il reste très peu d’archives concernant ces bâtiments et qu’il est assez difficile d’en retracer une histoire exacte. Si certains faits sont avérés, il existe aussi beaucoup de zones d’ombres.

Buste « Notre-Dame du Pardon » dans le jardin du cloître.

L’histoire de ce couvent débute il y a près de quatre siècles. La première pierre a été posée en 1602 et l’église a été dédicacée le 16 juillet 1658. À l’origine, ces bâtiments abritaient les moines de l’ordre religieux Minimes, fondé en 1435 et empreint de la spiritualité de Saint-François d’Assise. Ceux-ci occupèrent les lieux jusqu’à la Révolution Française.

Les religieux chassés, le couvent fut confisqué en 1792 pour être revendu à des propriétaires privés. Le monastère de Rouen resta désaffecté pendant une dizaine d’années, avant d’être à nouveau occupé par les Carmélites après 1802. Puis, en 1823, les Bénédictines du Saint-Sacrement, qui se trouvaient auparavant rue Morand, reprirent tous les locaux de l’ancien couvent qu’elles avaient déjà investi en partie vers 1802, avant le départ des Carmélites.

À l’origine, l’ensemble n’avait pas la même configuration. Les maisons aux alentours proches ont été rachetées pour être détruites et permettre l’agrandissement du monastère, donnant au fil des ans l’impression d’un ensemble quelque peu hétéroclite dont la construction s’étend du XVIIe au XXe siècle.

Actuellement, la communauté des quatorze Bénédictines du Saint-Sacrement de Rouen constitue l’unique couvent de religieuses cloîtrées en pleine ville. Ces religieuses forment une communauté qui vit selon la Règle de Saint Benoît : le travail et la prière occupent une place essentielle dans leurs vies. Ce sont donc des lieux habituellement fermés au public que nous avons arpentés ce jour-là.

Petite visite guidée, depuis la cour d’entrée, jusqu’à l’ancien séchoir qui sert aujourd’hui de remise.

Après avoir franchi le grand portail, nous nous trouvons dans une cour, cernée de bâtiments en briques. Plusieurs choses sont à noter : une ancienne pompe à eau dont l’état de conservation est exceptionnel, un petit escalier en fer à cheval qui mène à la boutique (où sont vendus de savoureux biscuits sablés dont la production artisanale rythme la vie quotidienne des religieuses depuis 1936).

Lorsque l’on pénètre dans la galerie Sud du cloître, par la porte principale qui fait face au portail de la rue de Bourg l’Abbé, nous sommes de suite interpelés par la présence de deux statues en bois. Leur origine exacte est inconnue, mais elles viennent probablement d’Allemagne et dateraient du XVIIIe siècle. Nous pouvons identifier Saint-Benoît de Nursie, patron de la communauté, reconnaissable au verre qu’il tient dans sa main duquel sort un serpent. La statue voisine est celle de sa sœur, Sainte Scholastique.

Un peu plus loin dans la galerie nous pouvons admirer la statue d’une Vierge à l’enfant en bois et datant du XVIIe siècle.

Depuis le jardin du cloître, bien qu’il ne semble n’y avoir rien d’exceptionnel au premier abord, il faut admirer ce buste monumental de la Vierge. Notre-Dame du Pardon a été réalisée par un sculpteur rouennais. Elle était destinée aux Champs du Pardon mais elle n’y fut finalement jamais installée et a été offerte à la communauté. C’est ici qu’elle a été coupée pour devenir un buste posé sur un socle. 

D’ici, nous pouvons aussi voir le clocher de l’église. Sur des images d’archives, il apparaît rond. L’époque de l’ajout de la flèche n’est pas connue.

La galerie ouest est surmontée d’un étage à pan de bois. Celui-ci est en réalité très récent puisqu’il date de la seconde moitié du XXe siècle.

Notre cheminement se poursuit en passant par la salle d’hiver, pièce où se réunissent les religieuses pour la plupart des offices (qui n’ont plus lieu dans le chœur de l’église). Nous pouvons apprécier la présence d’un important reliquaire. Comme de nombreux autres objets présents dans le couvent, ses origines exactes et son histoire sont inconnues. Nous savons simplement qu’il est longtemps resté dans l’église.

Des tableaux retraçant le chemin de croix au style clairement flamand ont des origines toutes aussi mystérieuses. Le maître-autel quant à lui viendrait de l’ancien bâtiment situé rue Morand.

Le plus surprenant est sans aucun doute ce grand jardin situé à l’arrière des bâtiments. Depuis celui-ci, nous avons une vue sur le pignon de la sacristie, l’ensemble des bâtiments conventuels ainsi que sur l’église. Au fond du jardin, avant que nous arrivions à la petite chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette, édifiée vers 1835-1840, nous côtoyons un petit jardin potager (où sont toujours cultivés des pommes de terre, des haricots…) et un autre d’herbes médicinales.

Retour à l’intérieur dans la salle de communauté. C’est ici que les sœurs se réunissent lors de leurs « récréations », c’est-à-dire que ce qui s’y déroule ne concerne pas des choses sérieuses pour la vie de la communauté. Quand une réunion est importante, elle se déroule alors dans la salle voisine du chapitre.

Dans cette même pièce, on peut voir un tableau monumental présentant une assemblée de moines et de moniales, rassemblés autour de Saint-Benoît placé en bout de table. L’auteur de ce tableau n’est autre que l’artiste Philippe de CHAMPAIGNE (Bruxelles, 1602 – Paris, 1674).

Les  assemblées importantes se déroulent dans la salle du chapitre. On y trouve un portrait de la fondatrice de la communauté Mathilde de Bar (1614 – 1698 à Paris) dont le procès de béatification est en cours. Et, tout comme pour la plupart des objets du couvent, la provenance des panneaux de bois qui décorent la pièce est inconnue.

Dans le réfectoire, nous découvrons l’un des rares objets mobiliers qui date de l’époque des Minimes : la chaire. Juste à côté, est accroché un portrait du Père Nicolas BARRÉ (Amiens, 1621 – Paris, 1686) béatifié en 1999 et qui a vécu ici pendant dix-neuf ans (en deux fois, d’abord de 1659 à 1662 puis jusqu’en 1675).

Nous pouvons observer cette statue de la Vierge portant une crosse. La fondatrice de la communauté ayant refusé le statut d’abbesse, elle a laissé ce titre à la Vierge. C’est ce qui explique pourquoi nous sommes dans un monastère et non une abbaye.

Dans la cuisine voisine, c’est la grande cheminée et les carreaux de faïence qui servent de décor qui retiennent l’attention. Autrefois il y avait deux fenêtres qui permettaient l’évacuation des fumées. Elles ont été condamnées depuis.

En sortant de la cuisine, nous nous trouvons face à un superbe bâtiment. Sans aucun doute, un ancien séchoir qui a été donné aux religieuses mais il n’en subsiste rien dans les archives. Il a probablement été construit pour faire sécher des peaux. Puis il a servi de buanderie. Les grands bacs ont été construits pour récupérer l’eau de pluie et on y lavait le linge qui était ensuite monté à l’étage à l’aide d’un grand panier (système de corde et de poulie) pour y être mis à sécher.

Quelque peu dissimulé par les tables entreposées ça et là, on découvre un four à pain semi-enterré. Aujourd’hui, on ne sait pas trop quoi faire de ce bâtiment qui présente pourtant de magnifiques volumes et dont l’état est encore correct.

Notre visite s’achève par la galerie Est du cloître, dans laquelle il est possible de voir des pierres tombales. Un certain nombre de personnes ont été enterrées ici  ainsi que dans l’église et parmi eux des donateurs.

Ce texte a été rédigé à partir des notes prises lors de la visite. Pour compléter certaines informations, pour en savoir plus ou tout simplement pour voir d’autres photographies que celles (difficilement) choisies pour illustrer l’article, n’hésitez pas à consulter les liens suivants :

Cliquez sur la photo pour voir l’ensemble de la galerie.

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3 Replies to “Couvent des Bénédictines du Saint-Sacrement, Rouen, Seine-Maritime (76)”

  1. La spiritualité des Minimes est celle de Saint-François de Paule et non celle de Saint-François d’Assise. Les Franciscains sont les religieux fondés par Saint-François d’Assise.
    Je travaille sur Nicolas Barré qui était un Minime.

    1. Merci pour ces précisions. Je vais rapidement faire la modification. C’est l’inconvénient de la prise de notes tout en prenant les photos, il y a des informations qui n’ont pas été bien comprises.

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